Le regard expert du Conservateur du patrimoine
Nous avons reçu la visite de Diego Mens Casas, invité par la municipalité, le 6 novembre 2024. Pour le Conservateur du patrimoine – monuments historiques et inventaire au Conseil départemental du Morbihan, la chapelle Saint-Barnabé de Saint-Jacut-les-Pins est « un édifice de belle facture qui mérite une restauration. Il date a priori du XVIe siècle, avec des reprises début XVIIe siècle. Il apparaît urgent de placer l’édifice hors d’eau, peut-être en posant une bâche sur la toiture. Le bâti commence à s’ouvrir, les embouts d’entraits sont pourris. Il est nécessaire de refaire la jonction des pièces de charpente, vérifier l’état des sablières, de la panne faitière pour retrouver une triangulation nécessaire à la solidité de l’édifice. Les deux tirants métalliques sont placés trop bas et ne retiennent pas correctement la charpente. Le poids du clocheton doit peser sur la charpente et contribue à pousser le pignon ouest. »

Refaire le clocheton d’origine
Le bâti présente une belle maçonnerie de pierres de schiste. Il est recommandé d’enlever l’enduit de ciment et de réaliser un enduit à pierre vue qui permet de découvrir partiellement les pierres d’un mur de façade, tout en assurant son étanchéité.Il serait intéressant de refaire le clocheton d’origine avec son beffroi permettant au son de la cloche de se propager. Un pin a été déraciné sur la propriété voisine et repose à 45° sur le pin voisin proche de la limite de propriété. Si ce dernier venait à tomber, les deux arbres risqueraient d’endommager le pignon de la chapelle. Il apparaît urgent de couper ce pin. Pour veiller à la sécurité le long de la route départementale, une barrière de protection des visiteurs et des promeneurs pourrait être installée. Veiller aussi à organiser un lieu de parking lorsque la chapelle sera à nouveau ouverte au public. Il conviendra également de valoriser les chemins de randonnée qui passent à proximité et de placer une signalétique.
Traces de peinture du XVIe siècle
A l’intérieur de la chapelle, des traces de peinture murale sont encore visibles sur le socle de la statue située à droite du retable, sans doute du XVIe siècle (peinture écaillée). Il en existe sûrement d’autres sous l’enduit et peut-être derrière le retable. Il sera possible d’enlever la peinture pour les faire réapparaître (travail de spécialiste). La charpente semble avoir été refaite en partie. A voir ce qu’il faut conserver. On voit que le bâti continue de bouger car les pièces de charpente ne sont sans doute plus reliées.

Retable classé objet Monuments historiques
Le retable n’a pas été conçu pour la chapelle. Il provient vraisemblablement d’un autre édifice religieux, peut-être de l’ancienne église du bourg. Il est directement posé sur l’autel ce qui favorise l’installation d’insectes. Il comporte plusieurs couches de peinture / à voir quelle couche devra être préservée. On devine une ouverture derrière le retable (sans doute dotée d’un vitrail à l’origine). L’état général du retable n’est pas inquiétant. Il n’est pas en très bon état mais présente une certaine verticalité à part les colonnes qui commencent à se dégager. Rien de grave. L’urgence concerne la protection de l’édifice. Une fois le bâtiment mis hors d’eau, la restauration du retable pourra être entreprise par un atelier spécialisé.
Statue remarquable
Seule la statue de la Vierge à l’enfant présente un intérêt patrimonial. Elle date sans doute du XVIe siècle ; statue remarquable avec un motif décoratif autour de la tête qui n’est pas une coquille saint jacques. Des aides de l’Etat et du Département sont possibles pour la rénovation. L’installation de statues dans un établissement religieux doit au préalable faire l’objet d’une demande d’autorisation au diocèse. La statue de Saint Barnabé, actuellement dans l’église, pourra retrouver sa place dans la chapelle après la restauration. Le sol présente également un intérêt patrimonial avec un dallage fait de dalles de schiste. Les joints au ciment pourront être enlevées par les membres de l’association et remplacés par des joints à la chaux.
Chapelle de frairie
Toutes le chapelles sont d’anciennes propriétés de frairies sauf celles dépendant directement d’un seigneur, situées alors dans l’enceinte du château. La frairie était entre autres chargée d’organiser la collecte de la dîme pour la paroisse. La chapelle Saint-Barnabé est nécessairement une chapelle de frairie. La chapelle est dite sacralisée car elle dispose d’une pierre d’autel, enchâssée dans l’autel de schiste (avec les 5 représentations des deux bras du Christ, des deux jambes et du cœur, endroit où vient se poser le calice). L’affectation cultuelle renvoie à la loi de 1905, séparation entre l’Eglise et l’Etat, état permanent, qui oblige à l’organisation de deux cérémonies par an. Dans de nombreux édifices en Bretagne, il n’y a qu’une seule cérémonie organisée dans l’année et personne ne pose de recours.

